13/04/2009

JEAN-CLAUDE CHAILLOU - AQUARELLE, LA VOIE DE L'EAU


Après la parution de mon livre, un DVD sort en Mai.
En attendant, un extrait est déjà visible sur le net !
Le DVD montre trois pas à pas et un diaporama de mes aquarelles.

           

Mon livre : Aquarelle : "La voie de l'eau" est disponible dans les FNAC et dans toutes les librairies de France, Belgique, Suisse, Canada et pays francophones depuis le 17 Octobre 2008.

"Pour moi, la création ce n'est pas faire quelque chose à partir de quelque chose, mais c'est faire quelque chose à partir de rien."                         

    Moi en repos1

Jean-Claude Chaillou est considéré comme l'un des 50 maîtres européens de l'aquarelle par la revue

"PRATIQUE DES ARTS"

S.M. Bonjour Jean-Claude, voulez-vous me dire comment crée l'artiste ? Et comment se perçoit il ?"

J.C.C Pour être le médium entre quelque chose qui me dépasse et un public. Pour émerveiller les gens.

S.M.  Voulez-vous brièvement me raconter le début de votre expérience et me dire aussi quand vous avez commencé ?

J.C.C. Tout a commencé lors mes études en architecture, ma première sensibilisation date de 1962

S.M. Pouvez-vous me définir vos premières productions ?

J.C.C Je dirai tout simplement ...pas terribles ! C’était en architecture et la culture du beau, du bon et du bien n’était pas à l’ordre du jour en ces temps là, il fallait construire à l’économie.

S.M. Qu’est ce que l’architecture vous a apporté ?

J.C.C Le sens du volume, des pleins et des vides sous la lumière solaire, le sens de la composition, le sens de la résistance des matériaux.

L’architecture m’a aidé à poser mes pieds sur Terre ; c'est vrai que j'avais tendance à "m'échapper" dans des nuées avant.

 Vendange tardive

S.M. Quel était le pemier tournant dans votre vie artistique ?

Pouvez vous également me dire quel a été ce tournant et qu’est ce qu’il vous a apporté ?

Est-ce un déclic ? Une personne ? La présentation à un concours ? L‘entrée dans une école… ?

J.C.C. J’étais en architecture aux Beaux-Arts et en fin d’année, j’ai visité une exposition de travaux d’élèves de la "section Artistique". J’ai eu ce qu’on appellait à l'époque : "Le grand frisson". Par la suite, j''ai su que c'était le feu sacré et l'ai toujours. quelques années après, je suis entré aux Beaux-Arts comme d'autres entrent en religion.

S.M. Quelles sont les influences qui vous ont poussé à changer votre vie ?

J.C.C. Ce ne sont pas les "grands maîtres" que je sentais innaccessibles qui ont pesé sur mon destin artistique, mais c’est d'avoir vu ces travaux d’élèves. J’ai voulu apprendre à faire ce qu’ils savaient faire tellement c’était beau.

S.M. Qu’est ce qui vous a permis d’ouvrir les yeux sur la création en tant que telle ?

J.C.C. D’abord, il faut s’entendre sur le terme de "création". Pour moi, la création ce n’est pas faire quelque chose à partir de quelque chose, mais c’est faire quelque chose à partir de rien.

À partir de là on peut dire que l’Artiste fait simplement ce qu’il peut pour traduire l’extérieur de lui-même.

L’Art ; tel que je le conçois, n’a rien à voir avec l’expression qui elle ; est en rapport avec la thérapie. L’Art apparaît quand l’artiste a débarrassé ses tripailles de ses petites ou grandes merdifications. Pensez-vous sérieusement que des Artistes de la trempe de Léonard de Vinci ou de Jean-Auguste-Dominique Ingres ai cherché à s'exprimer ? Non hein !

L'Arbre ma”tre

S.M.  Pouvez vous me dire l’évolution de votre production ?

J.C.C.  J’ai toujours travaillé en observant l’extérieur de moi-même, car j’ai toujours pensé que l’artiste n’est pas un bon thème pour lui-même, et je le pense toujours.

S.M.  Qu’est ce que cela vous apporte d’observer ?

J.C.C.  Un agrandissement de ma conscience. Une ouverture sur le monde.

S.M. Et quelle relation avez-vous avec votre papier ?

J.C.C. J’ai pour lui un très grand respect. Comme si c'était quelqu'un.

S.M. Quels sont les moyens et les techniques que vous employez ?

J.C.C. A une époque, j’ai fait beaucoup d’huiles sur bois ; des formats assez grands... même très grands.

Maintenant mon support est le papier. Différents papiers selon que je fais du pastel sec, du dessin ou de l'aquarelle.

J’ai fait environ un millier d’aquarelles ça ne veut pas dire que je les ai vendues. J’en ai jeté plus d’une centaine il y a plusieurs années.

Algues dans le matin frais

S.M. Quelle ambiance vous faut-il pour créer ?

J.C.C. J’ai besoin du silence et des bruits de la nature.

Certaines odeurs et nuisances me perturbent totalement ; par exemple : le bruit des moteurs diesel et la fumée de tabac.

S.M. Y a-t-il un rituel quand vous travaillez ?

J.C.C.  Oui, celui de la préparation de mes châssis, de l’installation de mon atelier de campagne.

On ne s’installe pas n’importe comment et n’importe où pour peindre un sujet ou un paysage.

Ensuite vient le temps de la réfléxion.

Peindre est pour moi une méditation active c’est un acte philosophique.

S.M.  Dans quel état d’esprit faut il que vous soyez ?

C.J.J. Sentir que je suis accepté par le modèle ou le paysage... C’est une discipline mentale que je ne puis expliquer ici.

S.M. Pensez vous que vous créez aussi bien quand il y a des personnes autour de vous ?

J.C.C. Oui tout à fait, j’en ai pris l’habitude en peignant devant mes élèves. Tout ce que vous verrez sur mes sites à été fait devant eux. L’acte de peindre est un spectacle émerveillant pour mes spectateurs.

Cinq bouteilles d'eau

S.M.  Comment procédez vous pour créer ?

J.C.C. Le terme "créer" n’est pas adapté ; comme je vous l’ai dit, je fais seulement ce que je peux, mais je cherche à toujours à reculer mes limitations.

Pour reprendre malgré tout ce terme "audacieux" de "créer" je dirai qu’en un minimum de temps il faut avoir à la disposition de son mental et de sa main la somme de ce que l’on a appris et compris en Art.

Évidemment, on oublie toujours quelque chose.

S.M.  Quel est votre processus de « pré-création » ?

J.C.C. D'abord, quand je peins dans les paysages, je ne mange que des aliments de type végétaux et céréales.

Puis juste avant de peindre : C’est l’angoisse de ne pas être à la hauteur du sujet, L’adrénaline monte et c'est bon, alors à un certain moment, je démarre.

S.M. Créez vous tout de suite ?

J.C.C. L’art de l’aquarelle est l’Art pictural le plus difficile qui soit et pour avoir des chances de réussir un tableau, il faut que les idées sur ce que l’on va faire soient très claires. Pour cela il est incontournable de développer une stratégie picturale.

FLEURS DE VIARME

S.M.  Y a-t-il des recherches préalables ?

J.C.C.  Oui bien sur. Pour peindre un paysage, on ne s’installe pas n’importe où et n’importe comment. L’Artiste doit s’installer en fonction du vent, de la forme des nuages et de la force de l’ensoleillement.

Je sensibilise mes élèves à tout cela dans mes stages.

S.M.  Créez vous d’un seul coup ?

J.C.C.  Oui d’un seul coup. Moins il y a de gestes mieux cela est.

S.M.  En une seule étape ?

J.C.C.  Il peut y avoir 4 étapes fondues en une seule à l’achèvement d’une œuvre ; de manière à ce que le spectateur ne puisse comprendre comment l’œuvre a été réalisée.

Si on voit les coups de pinceau c’est foutu, il n’y a plus de magie.

S.M. Avez-vous des craintes avant, pendant, après la création ?

J.C.C.  Avant, c’est systématique.

Pendant, pas du tout, c’est la jubilation.

Après, je suis suspendu aux ressentis des spectateurs (mes élève)s.

Iris blond

S.M.  Pensez vous que la création est seulement quand on est en train de créer ou bien englobe t-elle aussi le travail préalable ?

J.C.C. La "création" englobe même les années d'études qui ont précédé l’élaboration de la dernière œuvre qui est au somment de la pyramide. Parfois la "création" n’est pas au top, elle est loupée. Je plie alors cette aquarelle en deux et elle me sert de chemise pour faire un dossier dans laquelle je rangerai des papiers administratifs par exemple. J’en refile également à des copines ou copains.

S.M. Prenez vous le temps de regarder, de porter un regard extérieur sur vos créations ?

J.C.C.  Oui c’est évident, mais je suis insensible à la critique de gens qui ne connaissent rien à l’Art ou à la critique d’artistes dont je n’admire pas le travail.

S.M.  Revenez vous sur votre travail ?

J.C.C.  Si vous voulez dire corriger : Jamais ! Par contre si pour une raison d’intempérie, je n’ai pu achever une aquarelle dans le paysage, il peut m’arriver de la terminer chez moi, mais c’est très très rare. Je ne cherche pas à sauver à tout prix une œuvre qui n'a pas été achevée dans un paysage, je préfère retourner sur les lieux à un autre moment et repeindre le même lieu.

S.M.  Est-ce qu’il vous aie déjà arrivé de retoucher une œuvre des mois, voir des années après ?

J.C.C. Jamais !

La dernire pŽniche du soir ˆ VƒTHEUIL

S.M. Créez vous tout le temps ?

J.C.C. Non, cela est impossible, je ne puis faire environ qu’une vingtaine de bons tableaux dans l'année. Le reste du temps, j’observe, j’étudie, j’écris mes réfléxions sur l'Art de la peinture, je fais des illustrations sur ordinateur pour différents contes et histoires.- Par contre, je suis toujours en état de "réceptivité globale".

S.M.  Avez-vous déjà essayé de créer sans rien avoir construit au préalable dans votre esprit ?

J.C.C. Pourriez-vous construire une maison sans avoir fait de plans ? Ou procéder à une opération chirurgicale sans avoir bien cogité votre affaire ?

S.M. Quels seraient les résultats en créant sans rien avoir construit au préalable ?

J.C.C. L’œuvre ne tiendrait au mur que grace à un clou.

S.M. Ressentez vous le besoin de créer ?

J.C.C. Pour moi c’est l’état d’âme que déclenche le processus d’élaboration d’une œuvre qui est intéressant parce qu’il est générateur d'un bonheur rare.

Cet état provoque une jubilation que j'aime faire partager à mes élèves. J'ai besoin d'émerveiller les gens.

Le tableau s’il est réussi est un cadeau supplémentaire que le sujet m'offre. C'est comme une récompense qui m'est offerte pout avoir consacré du temps à observer le "vivant".

Il y a échange entre le thème et l'Artiste. Cela peut être grandiose.

 L'Allée des Douglas n°3

S.M. Quel est le plus important pour vous : la démarche ou le résultat ?

J.C.C.  Les deux car on ne tire pas les mêmes bonheurs de ces deux étapes.

Première étape :

- Jouissance intellectuelle par l'élaboration de la "stratégie" picturale.

Seconde étape :

- Joie à observer l’émerveillement et le bonheur des spectateurs de l’œuvre en cours d'élaboration ou achevée.

S.M. Quand estimez vous qu’un travail est terminé ?

J.C.C. Quand je sens qu’il n’y a plus rien d’autre à dire !Quand l’essentiel est là.

L'AllŽe des Douglas 7

S.M. Les influences ?

J.C.C.  J’ai étudié l’histoire de l’architecture et de l’Art pendant 7 ans.

S.M. Des artistes vous ont-ils influencé ?

J.C.C.  Toute l'Histoire de l'Art m'a influencé.

J'espère que mon travail se situera dans le prolongement de cette histoire.

S.M.  Une période de l’histoire de l’Art ?

J.C.C. Toutes et pour différentes raisons.

S.M. Est ce que je peux me permettre de réagir sur certaines de vos réponses ? Quand vous dites :

"Pour moi, la création ce n'est pas faire quelque chose à partir de quelque chose, mais c'est faire quelque chose à partir de rien."

Pourtant tout ce que vous faites est d'aprés nature, donc de quelque chose de réel.

J.C.C. Je ne dis pas être "créateur" puisque je fais quelque chose à partir de quelque chose. Je fais ce que je peux avec ce que je sais ; c’est tout.

Pour moi, l'Art est une tentative subjective et objective pour comprendre le monde dans lequel je vis.

Un tableaui "réussi" est le résultat d'un état harmonique entre le sujet et son interprète.

LES RAISINS BLEU copie

S.M.  Ce qui vous intéresse, c’est ce dialogue qui enivre et envoûte totalement entre l’œuvre et l’artiste ?

J.C.C. Ce qui m'intéresse à l’achèvement est de tenter d'émerveiller l’autre par mon acte "créatif".

Je remercie Jean-Claude Chaillou et l'étudiante en art plastique qui m'ont aidé à réaliser cet interview.

frhttp://aquarelle.chaillou.free .     

nehttp://monsite.orange.fr/aquasei     

ehttp://monsite.orange.fr/seulenscen    

shttp://monsite.orange.fr/aquarellesconseil    

ehttp://monsite.orange.fr/aquarelleautomn

Jean-Claude Chaillou

Peintre

126, route de la vallée

95780 Haute-Isle

France

Tél : 01 34 78 20 16

Commentaires

quel talent !! merci Martine ne nous l'avoir fait découvrir, c'est que du bonheur tellement c'est beau. L'aquarelle est le plus difficile des arts en peinture. Merci Monsieur Chaillou
amicalement
Laura

Écrit par : Laura | 14/04/2009

Que de l'admiration Martine, je suis heureuse de lire ce beau portrait de Jean-Claude, pour moi, c'est le meilleur.
Merci Jean-Claude pour ce beau moment.

Écrit par : Mireille Dubois Vanhove | 14/04/2009

Merci pour cette conversation ,que pense l'artiste,vous avez un peu leve le voile!! dans l'intimité de la création merci monsieur Chaillou, Marianne

Écrit par : delorme | 03/03/2012

J'ai découvert l'homme au travers d'un courrier amical...je découvre l'artiste...par timidité ce qui l'étonnera...j'ai réfléchi à mon appréciation...l'homme est aussi enchanteur que l'artiste...merci Jean-Claude de ton amitié et remerciement pour cet échange....

Écrit par : Bernard | 25/08/2012

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